La brume déchirée par les cris, le sol souillé de sang, juché de pierre, de
métal et de morts. L’air était jaunâtre, malsain, grésillant de forces magiques.
La guerre entre les Anathoïs touche à sa fin. La désolation ne semble pas
avoir de limites. Nous étions des milliers et là nous ne sommes plus que six. Les
six plus puissants seigneurs, les premiers à avoir initié cette guerre
sans fin. Une lutte pour régner sur les plus belles terres en ce monde.
Ironiquement il n’en reste plus rien.
C’est Chaos, le plus faible des six, qui a finalement trouvé un arrangement,
pour faire cesser cette horreur : un concours, d’une durée d’un an, pour
déterminer lequel d’entre nous pourra régner sur Thessalie. Ce qui est bien
dans cette idée, c’est que la conquête ne coûtera pas la vie aux cinq autres,
derniers des Anathoïs, évitant ainsi notre disparition. Face aux arguments de
cet homme, dont je dois avouer le charisme, tous furent d’accord. Pour en
résumer les termes dans un langage que tout le monde comprend, on pourrait
dire : « que le plus fort gagne ».
Évidement à cette époque, nous pensions que nous étions les derniers de notre race.
Pourtant, un jour un Anathoï fut trouvé, dans un état pitoyable, en bordure de nos
terres. Chaos, fessant office de juge pour le concours (il prétend dédaigner la
perspective de régner sur qui que se soit), décida qu’une parcelle de terre serait
offerte au rescapé, mais en échange il devait comme tous les autres, se soumettre
aux règles du concours. Ce n’était que le premier d’une longue série de rescapés
auxquels nous avons offert ces termes. Nous croyions être les derniers, mais ils
étaient des centaines à errer dans la vaste désolation. Jour après jours nous les
avons accueilli, tel un berger avec un troupeau de brebis égarées.
Nous voilà rendu aujourd’hui, au même point que nous l’étions. Les tirades
diplomatiques pour attirer de nouveaux sympathisant ont rapidement été remplacé
par l’acier forgé et le feu des mages. De nouveau nous sommes plongé dans une
guerre dévastatrice, dans le but de remporter le foutu concours d’un homme dérangé.
La majorité ne savent même pas pour qui ou pour quoi ils se battent. Tout n’est
que horreur. La terre en laquelle ils ont vu une salvation sera probablement pour
tous, leur damnation.
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